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Autrement qu’Ainsi

Troisième opus autour de ce qu’il nomme “la métamorphose” de sa mère, Autrement qu’ainsi, solo de et par Yann Lheureux prendra la rue comme espace de monstration. Plus précisément c’est d’une impasse qu’il s’agira, certainement pour ce qu’elle évoque du regard que nous portons sur Alzeimer, du sentiment de perte mais aussi pour ce qu’elle offre de proximité et d’intimité, pour le cadre qu’elle esquisse.

Une maman qui chante…

Elle qui était un cordon bleu a raccroché son tablier. Elle qui cousait bien volontiers et adorait faire des con tures d’orange ne touche plus ni aiguille, ni chaudron. Elle qui nourissait parfois ce chat errant, passe maintenant ses soirées et parfois ses nuits à le chercher dehors pour qu’il rentre se coucher auprès d’elle.

Croyant peut-être le tenir, elle s’invente un présent, maintenant que le passé lui échappe. Mais déjà ce présent se dérobe lui aussi et à mesure que s’évanouissent présent et futur: il inquiète… Que reste-t-il ? Lorsque le maintenant n’existe plus très bien ? Que reste-t-il quand le socle de l’identité disparaît? Que restera-t-il d’elle – ma maman – lorsqu’elle aura oublié jusqu’à mon nom ?

Longtemps, j’ai pensé qu’oublier était un atout : celui des mots, des gestes, des autres, des situations. Aujourd’hui que c’est un peu de ma mémoire qui s’en va avec celle de ma mère, diagnostiquée Alzheimer en 2011, je loue cette faculté de se souvenir, car elle dit qui l’on est, en rapport à soi, en rapport aux autres et au Monde.

Je ne peux pas non plus pourtant, la plaindre totalement quand elle semble parfois si profondément heureuse d’avoir à vivre en l’instant : elle chantonne en souriant les premières phrases de cet air chanté par Line Renaud Ma cabane au Canada.

… un homme, son Fils, qui danse.

Danseur, chorégraphe, j’ai depuis toujours été fasciné par les questions de l’identité et du territoire : elles sont le coeur même de mon travail. Aujourd’hui, me voici face à cette pathologie, qui prend de plus en plus de place entre ma mère et moi. Elle n’a plus de passé sur les talons hormis de lointaines et entêtantes bribes. Le seul avenir qu’elle peut concevoir se compte en heures. Ma Mère est entrée depuis trois mois dans une maison dont elle ne ressortira pas.

Alors je m’interroge quand je pressens que malgré tous les manques et amoindrissements que génère cette maladie, elle occasionne des disparitions qui sont également des sources d’apparition…
La question de la mémoire est peut être le sujet crucial de cette recherche.
A un moment de notre civilisation ou la question de l’injonction à la mémoire, du devoir de mémoire nous oblige constamment à considérer le passé massivement, des hommes et des femmes deviennent exempts de cette faculté, de cette responsabilité.

Y a-t-il un lien entre l’évolution technologique environnante qui permet et invite à stocker de manière externe la plupart des éléments constitutifs de notre vie, photos, codes, écrits, sons, images, comptes, agendas….. ?

Cette question de la mémoire affecte aussi la question du leg, que souhaitons nous laisser en héritage ? Quelle image, quels souvenirs, désirons nous faire perdurer au-delà de notre vivant, lorsqu’atteint par cette maladie, cette « emprise » sur l’image de soi échappe de manière progressive et irrévocable.  Ces vieux viennent aussi au devant de nous, effriter le symbole de la vieillesse, la sagesse, le savoir, la mémoire qu’ils incarnent dans la quasi totalité des civilisations.

Projet lauréat du dispositif de Résidences d’auteurs – Écrire pour la rue initié par la SACD et le Ministère de la Culture et de la Communication-DGCA
 
Production : Être en scène
 
Coproductions : Le Citron Jaune, CNAREP, Port Saint-Louis (13) – Lieux Publics, CNAREP, Marseille (13) Avec l’aide du projet IN SITU ACT, cofinancé par le programme Europe Créative de l’Union européenne.
 
Soutiens : L’Atelline, lieu d’activation art et espace public, Juvignac (34) – La Bulle Bleue, ESAT artistique et culturel, Montpellier (34), Festival Festin de Pierres, Saint Jean de Védas (34). La compagnie est subventionnée par la DRAC Occitanie, la Région Occitanie, le Département de l’Hérault et la Ville de Montpellier
 
Ce spectacle bénéficie de l’aide d’Occitanie en scène
 
Ressources scientifiques : Luc Gwiazdzinski, Docteur en géographie, HDR et l’ ITEV (Institut transdisciplinaire d’études sur le vieillissement), Montpellier.
 
Ressources médicales : Anne Marcilhac, docteur en Neurosciences HDR et le CHRU Montpellier, services Gériatrie et Neurologie
 
Autres partenariats : Association France Alzheimer Hérault / EHPAD Françoise Gauffier Montpellier / EHPAD CHU d’Arles et CCAS de Montpellier

Infos pratiques

Deux temps de résidence d’accompagnement à l’écriture :

9/03 au 11/03 Juvignac (34)

16/09 au 17/09 Juvignac (34)

Sortie de résidence publique le 16 septembre à 18h30 – Rue de la Mosson 34990 Juvignac 

Compagnie Yann Lheureux 

C’est pour porter des projets chorégraphiques au-devant des publics, où qu’ils se trouvent et dans leur plus grande diversité, que Yann Lheureux imprègne sa Compagnie de son écriture chorégraphique ; une écriture marquée par l’itinérance. Tantôt sédentaire, tantôt nomade, Yann Lheureux est en quête : celle d’identité, des identités, entre l’ici et l’ailleurs. C’est en ce sens qu’il aura marqué sa Compagnie d’une empreinte si reconnaissable, faite d’expérience, de recherche, d’entrecroisement, de défis, de rencontres, de questions, pour décloisonner, pour dépasser les frontières.

L’homme et la Compagnie s’immergent, défendent une idée, un regard, un point de vue de la création chorégraphique et de la danse au-delà de ses espaces et des publics consacrés. La compagnie Yann Lheureux tombe les murs : elle se déploie. Entre éphémère et tangible, ancrage et voyage, animé par ces dualités et paradoxes, Yann Lheureux crée, fait voler en éclats les codes établis afin de s’affranchir des contraintes et défendre une forme de liberté : sa liberté.

Electron libre, Yann Lheureux débarque, embarque, pose ses valises le temps d’une création, d’un festival, au contact des espaces, des territoires, des architectures, des partenaires artistiques et des spectateurs. De manière itérative et intemporelle, à l’instar d’une photographie, il inscrit, signe, signifie l’éphémère dans un répertoire nourri et varié.

Équipe

Conception chorégraphie interprétation : 
Yann Lheureux

Création sonore :
Arnaud Bertrand

Artiste plasticien :
Al Sticking
 
 
Regards complices :
Patrice de Benedetti et Frédéric Michelet

L’Atelline propose :

Après une étape au Citron Jaune, Yann Lheureux poursuit à l’Atelline un travail sur la dramaturgie et le mise en rue d’Autrement qu’Ainsi, sous le regard expérimenté de Frédéric Michelet. Deux artistes aux parcours affirmés qui dialogueront ; un auteur qui s’entoure et un autre qui se met au service du projet de l’autre.